Le principe : l'abattement forfaitaire a déjà tout payé

Un micro-entrepreneur ne déduit aucune charge pour son montant réel. L'administration applique un abattement forfaitaire sur le chiffre d'affaires déclaré, réputé représenter l'ensemble des frais professionnels, véhicule compris.

Les taux sont de 71 % pour la vente de marchandises, de denrées à emporter ou à consommer sur place et la fourniture de logement, de 50 % pour les autres prestations de services relevant des BIC, et de 34 % en micro-BNC. Le montant de l'abattement ne peut pas descendre sous 305 €.

L'administration fiscale le formule sans ambiguïté dans sa foire aux questions professionnelle. Il n'y a ni option, ni cas particulier, ni seuil à partir duquel la déduction redeviendrait possible : tant que le régime micro s'applique, la déduction réelle est fermée.

La conséquence pour un contrat de location est mécanique. Un loyer de LLD est une charge réelle. Il n'entre dans aucune case de la déclaration micro, et il ne réduit pas d'un euro le bénéfice imposable.

Le barème kilométrique non plus

Le barème kilométrique n'est pas applicable sous le régime micro, qu'il s'agisse du micro-BIC ou du micro-BNC. Il est réservé aux contribuables imposés selon un régime réel.

C'est le deuxième réflexe auquel les micro-entrepreneurs se raccrochent, et il tombe pour la même raison que le premier : l'abattement forfaitaire couvre déjà les déplacements. economie.gouv.fr rappelle que la déduction des frais de déplacement suppose un régime réel d'imposition.

Additionner un abattement forfaitaire et un barème kilométrique reviendrait à déduire deux fois les mêmes frais. L'administration n'admet pas ce cumul.

La TVA : deux verrous, pas un seul

Un micro-entrepreneur en franchise en base ne facture pas de TVA et n'en déduit aucune. La TVA payée sur un loyer de LLD est donc un coût définitif, intégré au prix de revient.

Beaucoup s'arrêtent à ce premier verrou et en concluent qu'il suffirait de sortir de la franchise pour récupérer cette TVA. C'est faux, à cause d'un second verrou indépendant du statut.

L'article 206, IV, 2, 6° de l'annexe II au code général des impôts exclut du droit à déduction les véhicules conçus pour transporter des personnes ou à usages mixtes, et la règle s'applique de la même façon que le véhicule soit acheté ou loué. Un assujetti à la TVA, quel que soit son chiffre d'affaires, ne récupère pas la TVA sur le loyer d'un véhicule de tourisme.

Sortir de la franchise en base ne débloque donc rien sur une LLD de véhicule particulier. Le seul levier réel porte sur la nature du véhicule : un utilitaire à deux places relève d'un régime de déduction différent.

Le seuil de 25 000 € : abrogé, et il faut le savoir

L'abaissement du seuil de franchise en base de TVA à 25 000 € a été abrogé par l'article 1er de la loi n° 2025-1044 du 3 novembre 2025, qui a rétabli à l'article 293 B du code général des impôts les seuils antérieurs.

Cette mesure, issue de la loi de finances pour 2024, avait connu plusieurs reports avant d'être supprimée. Le BOFiP en a acté l'abrogation dans son actualité ACTU-2025-00144.

Une seconde tentative, visant à recentrer le seuil de 25 000 € sur les travaux immobiliers, figurait à l'article 25 du projet de loi de finances pour 2026. Les députés l'ont supprimée le 20 novembre 2025 et le Sénat l'a également rejetée.

Les seuils applicables restent donc ceux du tableau ci-dessous. Un contenu daté de 2024 ou du premier semestre 2025 qui annonce un seuil unique de 25 000 € décrit un état du droit qui n'existe plus.

Micro-entreprise et entreprise au régime réel : ce qui est déductible, ce qui ne l'est pas, et les seuils applicables — état du droit au 21 septembre 2026
PointMicro-entrepriseEntreprise au régime réel
Loyer de LLD, LOA ou crédit-bailNon déductibleDéductible, sous plafond de CO2
Barème kilométriqueNon applicableApplicable sous conditions
TVA sur le loyer d'un véhicule de tourismeNon récupérableNon récupérable
Abattement forfaitaire71 %, 50 % ou 34 % selon l'activité, minimum 305 €Sans objet
Seuils micro-fiscal, revenus 2026 à 2028203 100 € (ventes et hébergement) · 83 600 € (services et BNC)Sans objet
Seuils de franchise en base de TVA85 000 € / 93 500 € (ventes) · 37 500 € / 41 250 € (services)Sans objet

Le piège du décalage entre les deux séries de seuils

Les seuils du régime micro-fiscal et ceux de la franchise en base de TVA ne coïncident pas, et l'écart s'est creusé. Une micro-entreprise de services peut devoir facturer la TVA tout en restant au micro-fiscal.

Les seuils micro pour les revenus 2026, 2027 et 2028 sont fixés à 203 100 € pour la vente de marchandises, les denrées à emporter ou à consommer sur place et la fourniture de logement, et à 83 600 € pour les prestations de services et les activités libérales, selon l'URSSAF. Les meublés de tourisme classés relèvent de 83 600 €, les non classés de 15 000 €.

Les seuils de franchise en base, eux, sont de 37 500 € pour les services, avec une tolérance jusqu'à 41 250 €. Un prestataire de services à 60 000 € de chiffre d'affaires est donc assujetti à la TVA tout en restant micro-fiscal : il facture la TVA, il la reverse, et il ne déduit toujours aucune charge réelle.

C'est la configuration la plus inconfortable du statut, et celle où le raisonnement « je passe à la TVA pour récupérer sur ma voiture » se révèle perdant deux fois.

Alors, quelle logique pour un véhicule ?

Si l'avantage fiscal est fermé, la décision se prend sur les seuls critères de trésorerie et de risque — ce qui ne la rend pas défavorable, mais la déplace entièrement.

Une LLD immobilise moins de trésorerie qu'un achat comptant, lisse une dépense sur la durée du contrat, et laisse le risque de valeur résiduelle chez le loueur. Ces trois effets existent indépendamment du régime fiscal du preneur. Pour un micro-entrepreneur dont la contrainte principale est la trésorerie, les offres sans apport de Joinsteer répond à une logique de flux, pas à une logique d'optimisation.

Le dossier, en revanche, sera examiné avec les mêmes critères que celui d'une société : ancienneté, régularité des revenus, cohérence entre le loyer et le chiffre d'affaires déclaré. Un micro-entrepreneur sans bilan présente un profil que les loueurs traitent au cas par cas, et souvent avec une garantie personnelle.

Le seuil où changer de régime devient la vraie question

La question pertinente n'est pas « quelle formule de financement choisir », mais « à partir de quel niveau de charges réelles le régime micro coûte-t-il plus qu'il ne rapporte ».

Le raisonnement se pose en une ligne : si les charges réelles annuelles dépassent le montant de l'abattement forfaitaire, le régime micro fait perdre de l'argent. Un prestataire de services en micro-BIC bénéficie d'un abattement de 50 % du chiffre d'affaires ; au-delà de ce niveau de charges, le régime réel devient plus favorable, loyer de véhicule inclus.

Le calcul se fait sur les charges totales, pas sur le seul véhicule, et il engage bien plus que la voiture : obligations comptables, TVA, déclarations. Un professionnel exerçant en nom propre au régime réel relève d'une logique fiscale que nous avons détaillée dans notre article sur la LLD et les professions libérales.

Nous ne publions pas de seuil chiffré universel : il dépend du taux d'abattement applicable, du niveau de charges et du taux marginal d'imposition du foyer. La méthode, elle, se reproduit d'une année sur l'autre.

Questions fréquentes

Un auto-entrepreneur peut-il déduire un leasing ?

Non. Sous le régime micro, aucune charge n'est déductible pour son montant réel : l'administration applique un abattement forfaitaire réputé couvrir l'ensemble des frais professionnels. Un loyer de LLD, de LOA ou de crédit-bail ne réduit donc pas le bénéfice imposable.

Un auto-entrepreneur peut-il utiliser le barème kilométrique ?

Non. Le barème kilométrique suppose une imposition selon un régime réel. Sous micro-BIC comme sous micro-BNC, les frais de déplacement sont déjà réputés couverts par l'abattement forfaitaire, et les cumuler reviendrait à les déduire deux fois.

Le seuil de franchise de TVA à 25 000 € s'applique-t-il ?

Non, il a été abrogé. L'article 1er de la loi n° 2025-1044 du 3 novembre 2025 a rétabli à l'article 293 B du code général des impôts les seuils antérieurs : 85 000 € et 93 500 € pour les ventes, 37 500 € et 41 250 € pour les prestations de services. Le BOFiP l'a acté dans son actualité ACTU-2025-00144.

Sortir de la franchise de TVA permet-il de récupérer la TVA sur une LLD ?

Non pour un véhicule de tourisme. L'article 206, IV, 2, 6° de l'annexe II au code général des impôts exclut ces véhicules du droit à déduction, que le véhicule soit acheté ou loué, et quel que soit le statut de l'assujetti. Seule la nature du véhicule peut changer la réponse.

Quels sont les seuils du régime micro en 2026 ?

203 100 € pour la vente de marchandises, les denrées à emporter ou à consommer sur place et la fourniture de logement, et 83 600 € pour les prestations de services et les activités libérales, pour les revenus 2026, 2027 et 2028, selon l'URSSAF. Les meublés de tourisme classés relèvent de 83 600 €, les non classés de 15 000 €.

Une LLD a-t-elle un intérêt pour un micro-entrepreneur ?

Un intérêt de trésorerie et de risque, pas un intérêt fiscal. Elle immobilise moins de capital qu'un achat, lisse la dépense sur la durée du contrat et laisse la valeur résiduelle chez le loueur. Ces effets existent indépendamment du régime d'imposition du preneur.